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Cicatrisation en chirurgie orale : l'impact réel des produits laitiers sur vos patients

Cette étude prospective analyse l'impact réel de la consommation de produits laitiers sur la cicatrisation et le risque infectieux après l'avulsion des troisièmes molaires.

Contexte clinique

L'avulsion des troisièmes molaires constitue l'une des procédures les plus fréquentes en chirurgie orale et maxillo-faciale. La gestion de la douleur préopératoire et l'optimisation de la récupération postopératoire demeurent des enjeux cliniques majeurs. Si l'adoption d'un régime alimentaire mou est une pratique standard, une divergence notable subsiste concernant l'éviction des produits laitiers. Dans les pays germanophones, l'évitement du lait est fréquemment recommandé par les praticiens, alors que les protocoles en Europe du Sud, aux États-Unis ou en Asie préconisent une alimentation liquide hypercalorique incluant des produits laitiers froids (glaces, puddings) pour prévenir la dénutrition et la perte de poids post-chirurgicale.

Objectifs de l'étude

Cette étude prospective, randomisée et en simple aveugle a été menée pour examiner l'impact réel de la consommation de lait et de produits laitiers sur la cicatrisation des plaies intra-orales après l'extraction chirurgicale de troisièmes molaires incluses ou déplacées. L'objectif principal était d'évaluer si la consommation lactée entraînait une augmentation de l'incidence des troubles de la cicatrisation ou des infections postopératoires. Parallèlement, l'étude visait à analyser la perception des patients vis-à-vis de cette consommation, son rôle dans la nutrition quotidienne postopératoire, ainsi que l'influence d'autres facteurs liés au patient ou à la procédure sur les résultats cliniques.

Hypothèses testées

L'étude adresse plusieurs hypothèses théoriques justifiant historiquement l'éviction du lait : une augmentation du risque d'infection de la plaie par les bactéries lactiques fermentées, une inhibition de la coagulation et de la stabilité du coagulum par le plasminogène fibrinolytique du lait, ou encore des interactions potentielles entre le calcium et certaines classes d'antibiotiques ou les matériaux de suture. Les chercheurs ont confronté ces suppositions aux données cliniques recueillies auprès de 157 patients, répartis entre un groupe expérimental consommant des produits laitiers au moins trois fois par jour et un groupe contrôle observant une abstinence totale pendant 7 jours.

Méthodologie

Cette étude prospective, randomisée, contrôlée et en simple aveugle a été menée entre janvier 2021 et mai 2022 au sein du centre MKG-Praxis Rheintor (Neuss, Allemagne). L'objectif était d'évaluer l'influence de la consommation de produits laitiers sur la cicatrisation muqueuse après chirurgie des troisièmes molaires.

  • Population et échantillonnage : Sur 203 patients initialement recrutés, 157 patients sains ont été inclus après nettoyage des données (âge moyen : 19,03 ans dans le groupe expérimental et 18,71 ans dans le groupe contrôle). Au total, 628 troisièmes molaires incluses ou déplacées ont été extraites (308 dans le groupe expérimental, 320 dans le contrôle).
  • Critères d'exclusion : Avulsion de moins de quatre dents, dents partiellement incluses ou sorties, coagulopathies, immunodépression, consommation régulière d'alcool ou de tabac, allergie aux composants du lait ou intolérance au lactose, âge inférieur à 14 ans et grossesse.
  • Protocoles expérimentaux : La randomisation a réparti les participants en deux bras :
    • Groupe expérimental (n=77) : Consommation de lait et produits laitiers lors d'au moins trois repas par jour pendant 7 jours.
    • Groupe contrôle (n=80) : Abstinence totale de produits laitiers pendant une durée de 7 jours.
  • Paramètres opératoires : 62,4 % des interventions (n=98) ont été réalisées sous anesthésie générale et 37,6 % (n=59) sous anesthésie régionale. La fermeture des sites a été effectuée par suture pseudo-monofilament non résorbable (Supramid). Une antibioprophylaxie chirurgicale (SAP) a été administrée chez 43 patients du groupe expérimental et 48 du groupe contrôle (céfuroxime 1,5 g IV ou amoxicilline 750-1000 mg par voie orale pendant 3 jours).
  • Évaluation et analyses : La cicatrisation a été scorée via la méthode ASEPSA (exsudat séreux, érythème, purulence, séparation des tissus, traitement additionnel) à J1-3 et à J7 lors de l'ablation des sutures. La douleur a été enregistrée via une échelle numérique (NRS 0-10). L'analyse statistique a été effectuée sous SPSS V.28.0.1.1 en utilisant les tests Pearson χ², Mann-Whitney U, t-test, régression linéaire et corrélation de Spearman (p ≤ 0,05).

Caractéristiques de la population et paramètres opératoires

Sur les 203 patients initialement recrutés, 157 ont été inclus dans l'analyse finale (77 dans le groupe expérimental avec consommation de produits laitiers et 80 dans le groupe contrôle avec éviction). Un total de 628 troisièmes molaires a été extrait (308 dans le groupe expérimental, 320 dans le groupe contrôle). L'âge moyen était de 19,03 (±4,53) ans pour le groupe expérimental et de 18,71 (±4,13) ans pour le groupe contrôle.

ParamètreGroupe Expérimental (Lait)Groupe Contrôle (Éviction)Valeur p
Nombre de patients (n)7780-
Durée opératoire moyenne (min)34,43 (±9,50)37,11 (±10,42)-
Anesthésie générale (%)62,4 % (total)--
Odontosection (n)8383-

Analyse de la durée opératoire et complications peropératoires

La durée de l'intervention était significativement plus courte sous anesthésie générale (32,62 ± 7,59 min) que sous anesthésie locale (41,00 ± 11,47 min), avec une significativité statistique de p=0,0001. Plusieurs facteurs ont augmenté de manière significative la durée opératoire (p=0,0001) :

  • L'odontosection : augmentation moyenne de 8,03 (±3,76) minutes.
  • La reconstruction de la membrane sinusienne (SMP) : augmentation moyenne de 8,34 (±2,87) minutes.

Évaluation de la douleur postopératoire

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Une corrélation significative a été établie entre la durée de la chirurgie et l'intensité de la douleur postopératoire au cours de la première semaine (p=0,0002). L'analyse de Spearman a révélé une différence notable entre les groupes concernant la douleur entre J0 et J3 :

  • Dans le groupe contrôle (éviction des produits laitiers), la corrélation entre la durée opératoire et la douleur était statistiquement significative (p=0,0001).
  • Dans le groupe expérimental (consommation de produits laitiers), cette corrélation n'était pas statistiquement significative (p>0,05).

Ces données suggèrent que la consommation de produits laitiers pourrait avoir un effet modulateur positif sur la perception de la douleur postopératoire.

Prophylaxie antibiotique et score de cicatrisation ASEPSA

Une antibioprophylaxie (SAP) a été administrée à 55,8 % des patients du groupe expérimental et 60,0 % du groupe contrôle. Le protocole incluait soit une dose unique de 1,5 g de céfuroxime en préopératoire (44,2 % du groupe expérimental vs 22,9 % du groupe contrôle), soit une antibiothérapie orale prolongée pendant 3 jours. L'étude indique que le régime d'antibioprophylaxie n'a pas influencé de manière significative le score global de cicatrisation ASEPSA.

Analyse clinique et interprétation des résultats

Cette étude prospective randomisée, portant sur 157 patients et 628 troisièmes molaires extraites, remet en question les restrictions alimentaires traditionnelles concernant les produits laitiers. Les résultats indiquent que l'intégration du lait (au moins trois fois par jour) n'augmente pas l'incidence des troubles de la cicatrisation, évalués par le score ASEPSA. Un constat clinique majeur réside dans la corrélation entre la durée opératoire et la douleur postopératoire : si la douleur augmente avec le temps de chirurgie dans les deux groupes, cette corrélation n'était statistiquement significative que dans le groupe témoin (p=0,0001). Cela suggère que la consommation de produits laitiers pourrait avoir un effet modérateur sur la perception douloureuse postopératoire par rapport à une éviction complète.

Limites de l'étude

L'étude présente des critères d'exclusion stricts, limitant les résultats aux patients sains : les fumeurs, les consommateurs d'alcool, les patients immunodéprimés ou sous anticoagulants ont été écartés. De plus, le protocole standardisé impliquait l'extraction simultanée des quatre dents de sagesse, souvent sous anesthésie générale (62,4 %), avec une fermeture par suture non résorbable (Supramid). Ces paramètres spécifiques, ainsi que le nettoyage des données ayant réduit l'échantillon initial de 203 à 157 patients, doivent être pris en compte lors de l'extrapolation des résultats à des cas cliniques plus complexes ou à des sutures résorbables.

Implications pour la pratique quotidienne

Contrairement aux hypothèses historiques suggérant que l'acide lactique ou le plasminogène du lait pourraient compromettre le caillot ou favoriser l'infection, cette étude démontre l'innocuité du lait sur la cicatrisation intra-orale. Pour le praticien, cela valide l'adoption de recommandations alimentaires « proactives » similaires aux protocoles anglo-saxons ou asiatiques, encourageant un régime mou hypercalorique (glaces, milk-shakes) pour prévenir la dénutrition et la perte de poids postopératoire. Enfin, l'étude confirme que l'interaction supposée entre le calcium laitier et l'antibioprophylaxie (Céfuroxime ou Amoxicilline) n'a pas d'impact clinique significatif sur le score de cicatrisation ASEPSA.

Résultats et pertinence clinique

Cette étude prospective randomisée, incluant 157 patients et l'avulsion de 628 dents de sagesse, démontre que la consommation de produits laitiers n'augmente pas l'incidence des troubles de la cicatrisation. Les scores ASEPSA n'ont pas été influencés de manière significative par le régime alimentaire. Notamment, une corrélation statistiquement significative entre la durée de l'intervention et l'intensité de la douleur postopératoire a été observée uniquement dans le groupe témoin (p=0,0001), tandis qu'elle restait non significative dans le groupe consommant du lait (p>0,05), suggérant un effet potentiellement bénéfique des produits laitiers sur le confort des patients.

Message pour le praticien

L'interdiction systématique du lait et des produits laitiers après une chirurgie buccale n'est pas justifiée par les données de cette étude. Le praticien peut autoriser ces aliments dès la phase postopératoire, ce qui permet de maintenir un apport calorique adéquat et de limiter les risques de malnutrition ou de perte de poids, particulièrement chez les patients vulnérables, sans augmenter le risque d'infection ou de désunion cicatricielle.

Lexique technique

ASEPSA : Score numérique de cicatrisation (Additional treatment, Serous exudate, Erythema, Purulent exudate, Separation of deep tissue, Admission to the hospital) spécifiquement adapté dans cette étude pour l'évaluation clinique des plaies intra-orales.

Classification d'Archer et Pederson : Système d'évaluation préopératoire fondé sur l'analyse de radiographies panoramiques dentaires pour déterminer le niveau de difficulté de l'extraction des troisièmes molaires.

SAP (Surgical Antibiotic Prophylaxis) : Antibioprophylaxie chirurgicale administrée selon le choix du chirurgien, utilisant soit une dose unique de céfuroxime (1,5 g) en préopératoire, soit de l'amoxicilline (750-1000 mg) pendant 3 jours postopératoires.

Pseudo-monofilament : Matériau de suture non résorbable (Supramid) spécifié dans le protocole opératoire standardisé pour la fermeture primaire des plaies.

Céfuroxime : Antibiotique administré par voie intraveineuse (1,5 g) 30 minutes avant l'intervention pour les procédures réalisées sous anesthésie générale.

SEPS : Acronyme désignant les quatre critères cliniques d'évaluation initiale de la plaie (Serous exudate, Erythema, Purulent exudate, Separation of deep tissue) constituant la base du score ASEPSA.


Source

  • Titre original : Influence of milk and dairy products on wound healing after wisdom teeth removal: a prospective clinical study
  • Auteurs : Antigona Aliu, Norbert R. Kübler, Rita Depprich, A Zimmermann, Julian Lommen, Felix Schrader, Max Wilkat
  • Publication : BMJ Nutrition Prevention & Health - 2026-03-05
  • DOI : https://doi.org/10.1136/bmjnph-2025-001432

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